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Trot d’abord, galop ensuite ? Ce que dit la physiologie équine – Cheval & Co

Échauffement du cheval : faut-il trotter ou galoper en premier ?

Article rédigé par Maud Chatel – en collaboration avec Rehactiv’Equine

Quand on parle d’échauffement du cheval, tout le monde s’accorde sur une base : il faut toujours marcher avant de trotter ou galoper. Mais ensuite, les avis divergent : certains préfèrent trotter avant de galoper, d’autres l’inverse. La science, elle, montre que trotter avant de galoper est la solution la plus sûre pour la santé et les performances du cheval.

1. Pourquoi un échauffement progressif ?

Chez le cheval comme chez le sportif humain, l’échauffement sert à préparer le corps à l’effort et à éviter les blessures. Il augmente la température du corps, active la circulation et « réveille » les muscles et les poumons.

La fréquence cardiaque doit monter petit à petit :

  • 🔹 Au pas : environ 60–80 battements/minute
  • 🔹 Au trot : environ 110–130 battements/minute
  • 🔹 Au galop : environ 150–180 battements/minute

Passer directement du pas au galop, c’est faire bondir le rythme cardiaque de plus de 100 battements/minute d’un coup. Résultat : le corps passe en mode « urgence » → fatigue, acidité musculaire et risque de déshydratation.

🧠 À savoir : le « système anaérobie » est le mode d’énergie utilisé quand l’oxygène ne suffit plus ; il produit rapidement de l’acide lactique, cause de raideurs et de brûlures musculaires.

2. Muscles et articulations : chauffer sans brusquer

L’objectif de l’échauffement est d’augmenter la température des tissus. Après 15 à 20 minutes d’effort progressif, les muscles deviennent plus souples et réactifs.

💪 Quelques muscles clés

  • Le longissimus dorsi (grand muscle du dos) travaille peu au pas, davantage au trot et de façon asymétrique au galop. 👉 Le trot le sollicite des deux côtés à la fois : parfait pour commencer.
  • Les abdominaux et obliques stabilisent le tronc : ils s’activent surtout au trot, avant le galop.
  • Le biceps fémoral (arrière de la cuisse) travaille peu au pas, puis autant au trot qu’au galop.
  • L’ilio-psoas (muscle profond du bassin) aide à l’engagement des postérieurs ; le galop le sollicite beaucoup, mais le trot permet de repérer une raideur avant de la forcer.

Le trot est une allure symétrique (deux appuis au sol) qui répartit bien les charges et échauffe en douceur tendons et articulations. Le galop, dissymétrique, demande plus d’effort et crée davantage de pression sur les boulets et les tendons.

💡 Bon à savoir : au galop, la force sur le tendon fléchisseur peut atteindre 16,7 N/kg, contre 7 N/kg au pas. D’où l’intérêt de ne pas démarrer directement au galop !

3. Respiration et viscères : attention au galop à froid

Au galop, chaque foulée correspond à une respiration complète : inspiration quand le cheval s’étend, expiration quand il se regroupe. Si les muscles respiratoires (diaphragme, intercostaux) sont froids, le cheval s’essouffle plus vite.

De plus, le galop comprime les organes : le diaphragme repousse l’estomac et le foie à chaque mouvement. Sur un cheval souffrant d’ulcères, cela peut être très douloureux. Le trot, lui, stimule la respiration sans cette pression violente.

🌡️ Par temps froid (< 5 °C), galoper sans préparation peut irriter la trachée et les poumons.

4. Le système nerveux : réveiller les réflexes

Un échauffement ne prépare pas que les muscles : il réveille aussi le système nerveux. Au pas, les exercices latéraux ou les barres au sol activent la coordination et la proprioception (la capacité du cheval à sentir la position de son corps dans l’espace).

Galoper trop tôt peut tirer brutalement sur les nerfs du dos et du bassin, surtout s’ils ne sont pas « pré-étirés » au trot.

5. Hormones et stress

Un effort soudain augmente la production de cortisol (hormone du stress) et d’endorphines (anti-douleur naturelle). C’est pour cela que certains chevaux paraissent « plus souples » après un galop : ils ne sentent plus les raideurs… mais cela peut masquer une gêne réelle.

En chauffant progressivement, on évite ce pic hormonal et on garde un cheval plus détendu et plus à l’écoute.

Conclusion : trotter avant galoper, le bon sens du corps

Marcher, trotter, puis galoper : c’est la progression naturelle du corps du cheval. Elle respecte son cœur, ses muscles, sa respiration et même sa digestion. Galoper à froid peut donner de meilleures sensations sur le moment, mais fatigue et micro-lésions apparaissent plus vite.

En résumé : la patience des premières minutes fait gagner de la longévité et du bien-être à long terme.

Sources scientifiques

  • Johnson J.L., Moore-Colyer M. (2009) — Relation entre flexion-extension lombo-sacrée et vitesse au galop.
  • Harrison S.M. et al. (2010–2012) — Activité musculaire et charges articulaires selon l’allure.
  • Clayton H.M. et al. (2007) — Cinématique des articulations inter-phalangiennes au pas et au trot.
  • Faber M. et al. (2001) — Cinématique 3D de la colonne au galop.
  • Audigié P. (2010) — Mouvement du dos au trot.
  • Cotrel C. et al. (2006) — Couplage loco-respiratoire chez le trotteur.
  • Silva et al. (2018) — Études biomécaniques complémentaires sur la locomotion équine.
  • Satkunskiene D. (2022) — Échauffement et proprioception chez le sportif (application neuro-dynamique).

Toutes ces études sont citées dans le texte original publié sur Rehactiv’Equine.

👉 Pour aller plus loin : découvrez d’autres articles scientifiques vulgarisés sur rehactivequine.fr et retrouvez les professionnels du bien-être équin dans l’annuaire Cheval & Co.